Le quartier général de Walter Veltroni se niche entre le cirque Maxime et l’église Sainte Anastasie, au sud de Rome. Mais ici point de réminiscences de foules antiques vociférantes, ni traces de mysticisme chrétien. Le coeur électoral du Parti démocrate (PD) est d’une sobriété déroutante: des réceptionnistes à l’appréciable urbanité et une poignée d’affiches électorales rappellent au visiteur qu’il se trouve dans la tanière d’un des dirgeants politiques les plus populaires d’Italie.
A peine le temps de digérer la surprise que déboule Federica Mogherini. Grande, d’une élégance presque bourgeoise, l’étoile montante du PD propose d’emblée le tutoiement. A l’image du maître des lieux, la jeune Romaine enchaîne les arguments avec un calme olympien. Voix monocorde, ton modéré, attaques personnelles rares: le discours de Federica Mogherini tranche avec les moeurs politiques transalpines. Mais derrière la douceur et le charme botticelliens, les convictions claquent comme le marteau sur l’enclume et la détermination fend l’air comme la flèche du Parthe. Sur le thème du rôle des jeunes en Italie, cette madone de gauche aux accents parfois bismarckiens est intarissable: «La politique a trop longtemps été la chasse gardée de sexagénaires bedonnants et les femmes ont rarement eu voix au chapitre. Le PD veut rompre avec cette gérontocratie. Pour ce faire, il propose une révolution culturelle qui passe par les candidatures des moins de 40 ans et par celles des femmes.»
Un doute tout de même: Walter Veltroni, un ex-apparatchik du Parti communiste, dispose d’une crédibilité limitée dans son costume d’homme du renouveau. Un éclair de rage
électrise les yeux gris-vert de Federica Mogherini. Sans se départir de son attitude zen, la jeune femme réplique avec fermeté: «Tous les grands dirigeants associés au changement ont un long passé politique. Je pense à Bill Clinton ou à José Luis Rodriguez Zapatero.»
Le leader de centre gauche a décrété la mort des affrontements idéologiques. Dans ce contexte, l’identité du PD paraît vaseuse: «C’est exact. La lutte des classes n’existe plus dans les faits. Mais le profil du PD est clair: c’est une formation de centre gauche qui défend les catégories sociales les plus précarisées et qui entend donner des réponses concrètes aux problèmes des citoyens, dans un esprit de réalisme politique.»
Sans aucune animosité, Federica Mogherini se livre au petit jeu des comparaisons entre Walter Veltroni et Silvio Berlusconi, les deux empereurs de la campagne électorale: «Ils ont tous deux une qualité commune: le sens de la communication et la capacité d’abattre un travail de titan. Mais alors que notre leader mène une vie simple et ordinaire, le Cavaliere exhibe son côté jet-setteur. En outre, Walter Veltroni refuse de démoniser l’adversaire, un comportement à des années-lumière du berlusconisme. Sans compter que notre chef de file n’a que 53 ans,
tandis que son adversaire affiche déjà 72 ans au compteur...» /eda